Michel Petit / La Grèce entame une nouvelle ère de tourisme qu’elle voue davantage à la culture. L’ambassade de Grèce, au Luxembourg, et l’Office du tourisme d’Athènes présentent ainsi aux Luxembourgeois cette belle opportunité d’un séjour articulé autour de musées hors du commun, comme celui de l’Acropole, totalement rénové, la nouvelle bibliothèque associée au fantastique opéra qui sent encore le neuf, ou encore le musée d’art contemporain.

L’art contemporain, précisément, occupe, l’espace d’un été, une place à part. Car, pour la première fois de son histoire, la ville allemande de Kassel exporte – précisément à Athènes – une partie de son festival, documenta 14.

Documenta se tient tous les cinq ans depuis 1955. Ce «musée des cent jours» pour reprendre son autre appellation devait, originellement, réconcilier le public allemand avec l’art – abstrait à l’époque – diffamé par les nazis puisque considéré comme un «art dégénéré».

Preuve du succès énorme de la manifestation, la dernière édition avait accueilli quelque 750.000 visiteurs. Le choix de documenta 14 de se tourner vers Athènes a d’ailleurs incité la compagnie Aegean à ouvrir une ligne reliant Kassel à la capitale grecque. Elle accroît aussi, durant l’été, ses liaisons à partir de Luxembourg.

UAthènes héberge donc quantité d’événements labellisés «documenta», comme l’exposition au Conservatoire. Un véritable appel à poursuivre sa route au Musée national d’art contemporain, ouvert en 2016. Exemple d’architecture industrielle, le site était naguère occupé par une brasserie.

Neuf aussi, le musée de l’Acropole – il remplace le musée jugé inadéquat dès les années 1970 – dont la construction fut tellement contestée. Parce que, résolument moderne, il est érigé dans un quartier néo-classique. Parce que son architecture risquait de faire de l’ombre au contenu, notamment dans la salle des sculptures archaïques, des auteurs grecs et étrusques du VIe siècle ACN dont le visage évoque le bien-être («le sourire archaïque»).

On doit le musée notamment à Mélina Mercouri, dans le cadre d’une campagne qu’elle lança, dès 1989, pour le retour en Grèce des marbres du Parthénon. Là encore, une magnifique réalisation des architectes grec, Michael Photiadis, et suisse, Bernard Tschumi, sur 25.000 m2, dont 14.000 m2 d’exposition. Elle a nécessité la pose de 16.000 m2 de marbre et près de 4.400 m2 de plaques de verre, ce que méritaient bien toutes ces pièces exceptionnelles, mieux encore mises en valeur grâce à l’invention d’un atelier crétois. Celui-ci a récemment mis au point une technique permettant de retrouver les dessins et les couleurs qui décoraient les statues.

Mélina Mercouri n’a pas atteint ses objectifs, en dépit d’une salle spécialement dédiée aux statues du Parthénon. Le British Museum de Londres détient toujours des «marbres d’Elgin», arrachés au monument par Lord Elgin. Le British pense faire une fleur aux Grecs en marquant, très éventuellement, son accord pour un prêt temporaire de ces vestiges qui, dit-il, appartient à ses propres collections. En attendant un très hypothétique retour en terre natale, le musée de l’Acropole se contente, pour certaines pièces prestigieuses, de moulages en plâtre.

Après un passage obligé par les musées des Cyclades et de l’art grec antique, puis du Benaki Museum, l’une des plus invraisemblables collections de bijoux anciens, il est hors de question d’éviter l’ensemble de l’opéra et de la bibliothèque, l’un et l’autre financé (plus de 600 millions d’euros) par la fondation de l’armateur Stavros Niarchos. Les autorités ont confié l’architecture à Renzo Piano (Beaubourg, London Shard, Centre culturel Tjibaou en Nouvelle-Calédonie).

Les immeubles ont pris place sur un parc 20 hestares (les anciens parkings des Jeux olympiques de 2004), agrémenté d’un canal qui court jusqu’à la mer et sur lequel des scènes de spectacle sont parfois posées. L’opéra répond aux meilleures normes d’acoustique et de confort. Quant à la bibliothèque, centre d’apprentissage, de préservation et de partage de la culture, elle a une capacité de deux millions d’ouvrages. Le haut des toitures verdoyantes donnent un regard plongeant sur la mer. Par sa conception, et répondant «à la poésie de la Méditerranée», Renzo Piano cherche aussi à «donne l’espoir» à une population qui en a bien besoin.

Mais le Grec et le visiteur (en forte progression ces deux dernières années) baladent volontiers son espoir et sa culture plus loin des musées, divaguant dans l’entrelacs des venelles escarpées qui courent vers le Parthénon. Des maisonnettes, aux volets bleus, trahissent l’origine îlienne d’ouvriers qui ont construit là, de nuit, leurs refuges. Les places et les terrasses grouillent de monde, de jour comme de nuit. Ce quartier de la Plaka, galerie en plein air des graffitis, accueille une véritable joie de vie et d’esprit de fête.

Qui jouera les prolongation en avril 2018 lorsque Athènes deviendra, sous les auspices de l’Unesco, la capitale mondiale du livre.