Et après? / Gilets jaunes

Jacques Hillion / La crise des gilets jaunes est pratiquement finie. Elle est riche d’enseignements pour une Europe qui se cherche un avenir et qui doute face à la montée en puissance des populismes de droite et de l’extrême droite et à leur arrivée au pouvoir dans bien des pays.

Le mouvement des gilets jaunes est difficile à cerner. Populaire, il l’est indéniablement. Aussi sûrement qu’il rassemble cette France, éloignée des centres urbains et des technopoles, qui a des difficultés à joindre les deux bouts. Les revendications qui sont apparues relèvent tout à la fois de l’anti-parlementarisme, d’une meilleure répartition fiscale et d’avancées sociales à travers l’augmentation du salaire minimum.

Cette cacophonie revendicative et la volonté affichée de ne pas avoir de représentation ont déboussolé Emmanuel Macron – lequel était personnellement dans le collimateur des manifestants – et le gouvernement d’Edouard Philippe. Le président a finalement répondu à ce mouvement, a lâché du lest (une dizaine de milliards qui seront payés par le contribuable ou financés par l’emprunt), mais n’a pas réorienté sa politique. L’impôt sur la fortune (ISF) n’est pas rétabli et il appartient toujours aux premiers de cordée d’ouvrir la voie pour les derniers.

Certes, le soufflé est retombé. Il n’est cependant pas certain que le mécontentement soit étouffé. Le financement par l’emprunt déplaît à certains tandis que d’autres relèvent qu’une annonce comme la hausse de la prime d’activité n’en est pas une puisqu’elle n’a été qu’anticipée, ou encore que des revendications comme la réindexation des retraites ou une meilleure équité fiscale (rétablissement de l’ISF) n’ont pas été écoutées.

Le fond du problème est la fracture sociale dont le constat avait permis à Chirac d’être élu en 1995. Cette fracture n’a jamais été réduite à cause de la politique libérale menée depuis lors. Elle a abouti à cette colère difficilement lisible mais réelle des gilets jaunes. Si on ajoute que ces mêmes gilets jaunes se considèrent comme étant mal représentés par leurs élus, il y a du mouron à se faire à la veille des élections européennes.

D’une part parce que, bien souvent, le citoyen s’estime mal représenté par les institutions de l’Union et, d’autre part, parce que le social n’apparaît pas au centre des préoccupations européennes.

Deux éléments qui, depuis longtemps déjà, ne cessent de nourrir le populisme et l’extrême droite.