Appel au calme / Le CSV et l’attraction du pouvoir

Olivier Tasch / Champions des sondages pour les élections législatives du 14 octobre, les chrétiens-sociaux rongent leur frein en attendant un retour au gouvernement.

Tête de liste pour les législatives, présenté à chaque congrès du CSV comme le prochain ministre d’Etat, Claude Wiseler doit calmer les ardeurs de ses ouailles. A ceux qui s’y voient déjà et réfléchissent tout haut à quel ministère ils se verraient bien occuper, Wiseler rappelle que «rien n’est définitivement gagné», et demande de ne pas faire des déclarations à tout va. Il compte sur ses partisans pour ne pas «participer à la braderie électoraliste dans laquelle la majorité s’est lancée. Ayons le courage de ne pas s’épancher dans chaque micro qu’on nous tend.»

Le CSV que veut Wiseler doit être celui de la raison, réfléchi, au-dessus de la mêlée. «Notre parti a une histoire et une tradition de sérieux. Les prochains mois seront compliqués, mais nous ne devons pas céder aux provocations et perdre notre sérieux.» Il joue également la carte des «valeurs» à l’accent conservateur qui ne seraient «pas à la mode». «La loyauté, l’amitié, la sincérité, c’est cela qui nous rend plus forts et assure notre capacité de résistance face aux difficultés.» S’il tente de resserrer les rangs, c’est que le parti est dans une dynamique extrêmement positive par rapport au gouvernement, malgré les bons résultats dont celui-ci peut se targuer en matière de finances publiques ou de baisse du chômage.

Pour le CSV, il y a donc lieu de maintenir ce cap et de ne pas se prendre bêtement les pieds dans le tapis. Lors des congrès des circonscriptions Centre et Sud, ces 5 et 6 février, on aura d’ailleurs pas manqué de rappeler le succès sans appel lors des élections communales.

Faut-il y voir un signe précurseur des envies de coalition du CSV, le parti a choisi de se réunir à Walferdange – bastion libéral – et Esch-sur-Alzette – bastion socialiste –, où il a conquis les postes de bourgmestre et dirige désormais aux destinées de ces communes en coalition avec les Verts? On note au passage que les cibles de choix des snipers du parti sont tout d’abord libérales et socialistes. Les Verts sont gentiment épargnés. Fidèle à lui-même, le président Marc Spautz fustige une politique familiale qui se fait contre ceux qui ont plus d’un enfant. Laurent Zeimet raille, quant à lui, un Premier ministre qui «commence toutes ses phrases en disant: « Je suis content »» alors que le vice-Premier ministre est déjà «prêt à dissoudre son propre parti tellement il a peur de ne plus être au gouvernement».

Tout le monde tente néanmoins de ne pas céder au triomphalisme. Marc Spautz souligne que la victoire de son parti lors des élections communales, de surcroît avec beaucoup plus de scrutins de liste qu’à l’accoutumée, montre à quel point «le produit CSV fonctionne». Mais il estime qu’«il ne faut pas se fier» aux sondages, jusqu’ici extrêmement favorables au CSV. «Le but, d’ailleurs, ce n’est pas d’être premier dans les sondages, mais bien de gagner les élections.» Claude Wiseler ose tout de même s’avancer un peu plus: «Nous n’avons pas encore gagné les élections, mais nous allons les gagner! Parce que nous avons la détermination d’appliquer nos politiques, des idées alternatives et un personnel compétent. Que voulons-nous? Gagner les élections, entrer au gouvernement, certes. Mais tout cela n’est pas une fin en soi. Nous voulons réformer le pays, c’est pour cela et pour rien d’autre que nous voulons gagner les élections.»

La tête de liste CSV dessine alors le contour de ce qui sera le programme électoral de son parti. Lequel sera concocté pendant l’été et présenté officiellement le 15 septembre. Il cite en premier lieu ce qui est presque devenu un serpent de mer: la réforme constitutionnelle, ou plutôt l’instauration d’une nouvelle Constitution dont la procédure a démarré en 2009. Un dossier que la coalition n’arrivera pas à boucler avant la fin de la législature… Dans la majorité, on estime d’ailleurs que les stratèges du CSV n’y sont pas totalement étrangers. Pour rappel, au moins quarante députés doivent donner leur assentiment pour un texte définitif, ce qui suppose un accord entre la majorité et le principal parti de l’opposition… Quoi qu’il en soit, pour Claude Wiseler, le pays a besoin d’une nouvelle Constitution et s’il accède à la fonction «suprême», le dossier sera prioritaire. Les autres partis ne diront d’ailleurs pas le contraire. L’actuel président de la fraction CSV s’avance plus précisément sur une «nécessaire réforme territoriale». Lui qui fut à la tête du ministère du Développement durable dans le dernier gouvernement de Juncker estime qu’organiser la croissance passe notamment par une réorganisation du paysage communal et la réduction de 102 à 60 communes.

Dans le grand débat qui s’est amorcé sur la croissance, il s’inquiète qu’on en reste aux définitions. Car, prévient-il, «si ça continue comme ça, tous les sept ans, la population du pays s’accroîtra de l’équivalent d’une ville de Luxembourg. En termes d’infrastructures, ce n’est pas possible.» Il blâme ainsi le couac de communication du gouvernement autour de l’installation d’une usine de yaourts, voulue par le ministre de l’Economie et critiquée par la ministre de l’Environnement. «Nous sommes face à un aveu d’impuissance du gouvernement. Et le Premier ministre n’intervient pas, n’apporte aucune clarté», commente Wiseler. Il s’agace en outre de la terminologie: «Une entreprise qui est « Rifkin conforme », qu’est-ce que cela veut dire?» Tout en rappelant que «le CSV n’est évidemment pas opposé à la croissance, mais la promotion à l’étranger doit viser des entreprises qui correspondent à notre contexte. Le but n’est pas de faire de la croissance à tout prix.» Il cite ainsi l’exemple de la potentielle installation d’un data center de Google à Bissen. «A priori, c’est positif. Mais on ne sait pas ce qu’il y a exactement dans le dossier…» L’occasion pour lui de rappeler que si le gouvernement joue le rôle de facilitateur pour l’installation de grandes multinationales, il faut qu’il y ait les mêmes aides pour tous. Et de développer un nouvel axe de programme électoral qui pourrait se résumer par «une croissance basée sur les PME». Cela passe par un soutien prioritaire des PME existantes pour leur développement et leur digitalisation.

Il répond une fois encore aux critiques, socialistes notamment, qui assurent que CSV rime avec baisse des pensions. Ce que Wiseler réfute. Pour lui, la question s’inscrit dans «un contexte de finances publiques avec la nécessité d’un budget à l’équilibre qui permet de garantir les systèmes sociaux. Nous disons la vérité et voulons garantir que les promesses faites aujourd’hui pourront être tenues demain.»

Le CSV ne promet pas des lendemains qui chantent, mais a tout de même le vent en poupe. Si le secrétaire général promet que c’est «l’année du changement», avec en ligne de mire l’échéance électorale du 14 octobre, on admet volontiers que la cure d’opposition fut salutaire. Le parti s’est entièrement réorganisé, instituant même une dose de démocratie interne, inédit pour un parti qui affichait des structures assez figées. Une place plus importante est également concédée aux jeunes, lesquels semblent bien donner plus de voix qu’auparavant. Au point de regretter qu’une place plus importante ne leur soit faite sur les listes électorales. Les congrès de ces 5 et 6 février auront d’ailleurs permis de lancer un appel pour que la liste du 14 octobre ne soit pas majoritairement composée de vieux messieurs… Réponse le 24 mars pour la présentation des listes en grande pompe lors de la convention nationale à Ettelbruck.