Angela Merkel entamera un quatrième mandat /C pour vous…

Dans ma précédente chronique, je notais qu’on se dirigeait vers une GroKo en Allemagne. Le vote des électeurs sociaux-démocrates de ce week-end a donc bel et bien confirmé le quatrième mandat d’Angela Merkel. Après plus de vingt-trois semaines durant lesquelles le Bundestag n’avait pas eu de majorité, le sort d’Angela Merkel dépendait du vote du parti rival, le SPD!

Le vote du SPD était un arbitrage entre ceux qui préconisaient une cure d’opposition pour un parti meurtri et ceux qui pensaient que le SPD devrait faire partie d’un gouvernement et devait assumer ce rôle.

L’étoile montante de la gauche allemande, le chef des jeunes sociaux-démocrates, Kevin Kühnert, a mené la fronde en surfant sur la colère militante contre «die da oben», qui ciblait autant Merkel que Schulz. Clair et didactique pour pointer ce qui ne va pas dans son parti, Kevin Kühnert peinait néanmoins à démontrer que l’opposition serait synonyme de lendemains chantants. Kevin Kühnert était motivé pour encourager un certain nombre de militants à voter contre la grande coalition, mais il n’avait pas de plan B: qu’est-ce qui irait mieux avec un SPD dans l’opposition? Il n’a pas eu assez d’arguments pour convaincre les militants sociaux-démocrates de suivre ses consignes.

D’autant plus que la donne avait changé. La démission de Martin Schulz, qui concentrait la colère pour avoir renoncé à sa promesse de ne plus jamais gouverner avec Merkel, ainsi que le coup tactique de la chancelière qui a concédé beaucoup de ministères d’importance aux sociaux-démocrates (NDLR: Affaires étrangères, Finances et Affaires sociales), ont coupé l’herbe sous le pied de la rébellion.

Dans la foulée d’un vote postal, le dépouillement a eu lieu samedi dernier et la proclamation des résultats avait lieu dimanche matin. Les électeurs du parti social-démocrate ont clôturé une séquence riche en rebondissements qui s’étirait depuis le vote du 24 septembre dernier.

Le SPD a proclamé ce weekend, lors d’une conférence de presse, que le oui l’avait emporté à plus de 66% et que 78,4% des 463.000 membres du parti avaient participé au vote. «Une grande majorité des membres du SPD ont suivi les consignes du parti», a déclaré le chef par intérim du parti, Olaf Scholz. «Nous avons maintenant une certitude: le SPD va rejoindre le prochain gouvernement allemand», a-t-il ajouté soulignant que le SPD donnerait, dans les prochains jours, les noms des ministres issus de son parti. Le chapitre du gouvernement allemand n’est dès lors pas encore terminé.

De gauche à droite, des membres du parti écologiste aux libéraux (FDP) en passant par les Eglises catholique et évangélique, beaucoup étaient contents de voir la fin de la crise politique dans le pays. Le parti de droite populiste AfD voit en revanche «une mauvaise nouvelle pour l’Allemagne».

Maîtresse en guerre des nerfs, à Berlin comme à Bruxelles, la chancelière a obtenu à l’usure ce qu’elle souhaitait: sa reconduction pour un quatrième mandat à la tête de l’Allemagne. Mais à quel prix par rapport à sa propre position?

Christine Schweich