Analyse / Viva Portugal!

Les bonnes nouvelles issues des pays de la zone euro se faisant plutôt rares, il convient de saluer comme il se doit la remontada économique du Portugal: en juillet de l’année passée, il recevait encore des remontrances de la Commission pour avoir laissé filer ses déficits publics. Aujourd’hui, l’agence de rating S&P a classé l’économie portugaise comme étant «stable». Ce redressement ne relève pourtant ni d’un miracle cent ans après les premières apparitions de la Vierge à Fatima ni d’une explosion des ventes de maillots de Ronaldo, mais il est bien dû à une politique concertée en opposition frontale avec l’austérité réclamée à cor et à cri par la troïka. En effet, depuis novembre 2015, c’est un gouvernement de gauche plurielle (socialistes, communistes et gauche radicale) qui est aux manettes du pays et les résultats sont là.

Le salaire minimum a été augmenté en 2016 puis en 2017, en échange de baisses de cotisations pour les employeurs, de 23% à 22%. Des mesures économiques à vocation sociale – mais aussi de relance du pouvoir d’achat – ont été prises: augmentation des retraites et des allocations familiales, renforcement du droit du travail, baisse des impôts pour les plus bas salaires, arrêt des privatisations de services et d’infrastructures publics, programme de lutte contre la précarité. Il est aussi prévu de supprimer les coupes dans les revenus des fonctionnaires et de ramener leur temps de travail à 35 heures par semaine.

Le Portugal a démontré depuis deux ans qu’une politique inverse aux politiques d’austérité, et donc basée sur une relance par la demande et l’amélioration des protections sociales, pouvait fonctionner. Ce que le FMI avait déjà confirmé en 2016 en annonçant à propos de la Grèce que «l’austérité ne fonctionnait pas». De là à préconiser une politique sociale de relance en Europe, le pas est un peu grand pour l’institution internationale, qui a toujours été favorable au désengagement financier social des Etats et à la privatisation de leurs infrastructures et services.

Malgré tout, si l’exemple portugais était mis en avant, il pourrait être une piste intéressante de redressement «par le haut» des Etats de la zone euro encore affectés par la crise. Une sorte d’espoir de changement économique et social permettant une sortie de crise, d’autant que les politiques d’austérité appliquées ont surtout démontré que les souffrances sans fin infligées aux peuples grec et espagnol ont été vaines.

Jean-Sébastien Zippert

Etika