Allemagne : un élu mécontent envoie un car de réfugiés syriens chez Merkel

Un élu mécontent de Bavière, par où arrivent les migrants rejoignant l’Allemagne, a envoyé jeudi un autocar avec 31 Syriens à bord vers la chancellerie à Berlin pour protester contre la politique d’accueil d’Angela Merkel.

A son arrivée dans la capitale en fin d’après-midi, le président du canton rural de Landshut, Peter Dreier, a évoqué un « acte de désespoir » destiné à « émettre le signal qu’on ne peut pas et qu’on ne doit pas continuer ainsi en matière de politique d’accueil des réfugiés ».

Avec 31 hommes qui ont déjà obtenu le statut de réfugiés à son bord, le véhicule a stationné près de deux heures devant une entrée secondaire de la chancellerie, avant que ses occupants ne soient conduits vers un hôtel dont M.Dreier a promis de prendre en charge les frais, selon un journaliste de l’AFP sur place. « Nous essayons d’intégrer ces gens mais cela ne marchera pas si une autre vague d’un million (de migrants) arrive », avait déclaré M. Dreier sur la chaîne de télévision N24, faisant allusion au nombre record de 1,1 million de demandeurs d’asile recensés l’an dernier en Allemagne. Une fois à Berlin, l’élu local a déploré face à une centaine de journalistes qu’aucun représentant de Mme Merkel ne soit venu à sa rencontre. Certains des réfugiés syriens « souhaitent poursuivre leur route vers Hambourg (nord) ou ailleurs » tandis que d’autres, si les conditions d’accueil à Berlin ne leur conviennent pas, « retourneront dans notre canton » en Bavière, a-t-il annoncé. L’organisation de défense des droits des migrants Pro Asyl a fustigé cette initiative qui selon elle « utilise et abuse de la détresse des réfugiés pour dire ‘nous voulons fermer les frontières' ». « On instrumentalise des gens pour donner des images aux médias », a dénoncé son dirigeant, Günter Burkhardt, sur N24.

Dans un communiqué, le porte-parole de Mme Merkel a rappelé que le gouvernement était « conscient » des défis posés aux collectivités locales par l’accueil des migrants et leur apportait pour cela un soutien financier « conséquent » tout en s’efforçant « par des mesures au niveau européen et international » de réduire le nombre de nouveaux arrivants. Riche Etat régional du sud de l’Allemagne, la Bavière doit prendre en charge la plupart des réfugiés, ensuite répartis dans les autres régions allemandes, mais la Bavière a à plusieurs reprises déclaré être débordée. Les dirigeants bavarois ferraillent depuis des mois contre la politique de la main tendue aux réfugiés d’Angela Merkel, qui lui vaut aujourd’hui de voir sa popularité chuter. Après avoir menacé de fermer les frontières avec l’Autriche, le dirigeant de ce puissant Land (Etat régional), Horst Seehofer, a exigé un quota maximum de migrants à accueillir. Angela Merkel est parvenue en décembre à ramener le calme parmi ses troupes mais des agressions, notamment à caractère sexuel, attribuées à des migrants lors des festivités du Nouvel An à Cologne, ont relancé le débat.

Depuis, les responsables politiques font oeuvre de surenchère pour renvoyer les étrangers délinquants vers leur pays d’origine et le gouvernement compte introduire des mesures en ce sens. Peter Dreier appartient au parti bavarois des « Electeurs libres » mais pas à la CSU, la branche bavaroise de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) qui mène la vie dure à la dirigeante allemande.

afp

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