Alain Schmitz, le festival de Chassepierre et autres incontournables

Photo: Johan Vanhie

Marie-Anne Lorgé / Qu’est ce qui (a) fait courir Alain Schmitz, directeur du festival des arts de la rue de Chassepierre qui, les 22 et 23 août, en est à sa 42e édition? Tour de piste.

Alain Schmitz cultive les arts au grand air, qu’ils soient de rue ou plastiques.
Mais, donc, Alain passe le flambeau. Du moins à Chassepierre – «2015, ça fait pile 40 ans, date symbolique» –, non pas à Bettembourg, là où depuis 2010 il pilote la Nuit des merveilles. Ni d’ailleurs à Buzenol, là où il a planté un centre d’art contemporain et où désormais des synergies prennent racine, dont avec la galerie liégeoise Les Drapiers ou avec mediArt qui, dès le 4 octobre, proposera «trois positions de la jeune création luxembourgeoise». Il y aura aussi «une collaboration avec le Triangle bleu, galerie importante à Stavelot, présente à la Fiac». Et puis, «né dans une ferme, j’ai beaucoup de respect pour le monde rural et j’ai trouvé quelqu’un qui va travailler sur la ruralité».
A Buzenol, le site de Montauban-Buzenol, «il y a encore des choses à faire». Alain a bataillé pour qu’au milieu de l’océan de verdure éclose (en 2014) une structure d’accueil d’expos – baptisée Espace René Greisch, composée de quatre containers maritimes – et il entend positionner le centre au niveau de la Grande Région. «La synergie, c’est une autre façon de travailler le lieu, c’est aussi une bonne façon de l’ouvrir sur l’extérieur, c’est en même temps ma façon de préparer la relève: je me dois de transmettre».
Mais de Chassepierre, hameau du sud du Luxembourg belge devenu théâtre à 360°, Alain Schmitz, 61 ans, dit «avoir fait le tour». «Chassepierre, c’est ma carte de visite – à 20 ans, m’étant promis de ne plus entendre la phrase de mon père, « c’est pas pour nous c’est pour les gens de la ville », j’ai amené le théâtre de rue encore balbutiant dans la campagne –, mais je ne tiens pas à m’accrocher».

Rêves d’été

Pas de ras-le-bol pour autant, que nenni, mais «un choix: c’est le bon moment, pour faire évoluer les choses – car 56 spectacles à trouver, ça use, et le monde de la culture bouge –, de transmettre l’histoire pour quelle ne meure pas. J’ai amené la manifestation là où elle est, et c’est réussi. Et je vais transmettre l’outil, il est sain, le budget de création n’a pas diminué» (630.000 euros). «Et comme Chassepierre implique tout un village, c’est tout un concept, je préfère la filiation à l’appel d’offre».
Et c’est comme ça que Charlotte (Heep), 27 ans, a débarqué, il y a cinq ans, dans la foulée d’un stage de l’Univ de Metz, passant de l’écolage à l’organisation de cette 42e édition qui a pour thème Rêves d’été… Rouages d’antan. «Amener de la danse, par exemple, c’est son idée: avec « Stop and dance with me », le public reçoit des écouteurs, chacun danse sur une musique différente, invitant ceux qui regardent le temps d’un rock ou d’un slow».
Rouages d’antan – «à lire non pas le sens de la nostalgie mais du passage» –, c’est un thème inspiré par Sodade, le spectacle assez poétique, funambule et fildefériste, du Cirque Rouages de Bar-le-Duc, inspiré aussi par la Cie Mirador et sa roue géante où des acrobates, «en équilibres improbables, nous emmènent à contre-courant du quotidien».
Chassepierre 2015, c’est plus de 50 compagnies internationales, c’est une ode à l’éphémère, un plongeon dans le fou rire, dans des atmosphères de jadis aussi. Et s’il y a bien un spectacle à ne pas rater, c’est celui de La Mondiale Générale: c’est un numéro d’escalade de planches en bois et «ce numéro sur l’absurdité et la beauté de l’équilibre est un bijou». Notez aussi, en vrac, le Cirque du Platzak mâtiné de musique klezmer, et le Tof Théâtre, dont c’est la première venue en rue, qui, «en vingt minutes folles, raconte les déboires d’une marionnette en cours de fabrication». Et Ezec Le Floc’h, jongleur de bilboquet. Puis, le surprenant Carré Curieux avec deux frères magiciens et manipulateurs, qui donnent aux objets une vie taquine. Sans oublier l’histoire de Lola Rocaille «qui habite une cage suspendue ouverte aux quatre vents»: un très beau moment de la Cie Détournement d’Elles.
Tout vaut, pourvu qu’une bulle d’émotion vous papillonne le ventre; d’ailleurs, de ses plus beaux souvenirs Alain en parle comme d’une pure magie, avec mille petits bateaux en papier lâchés de nuit sur la Semois et des tambours japonais surgissant de la brume…

* Infos: www.chassepierre.be. Pour vous y retrouver, notez l’appli App Chassepierre, fonctionnant même sans réseau.