Adieu Monseigneur /L’ancien chroniqueur du «Jeudi» et spécialiste de la Courrend hommage au Grand-Duc Jean

Pierre Dillenburg / J’ai écrit ces lignes en octobre 2017, encore sous l’impression de la visite que je venais de rendre à l’ancien Souverain au Château de Fischbach, à trois mois de Son 97e anniversaire. Mais j’ai décidé à l’époque de ne les publier par discrétion qu’après son décès.

A mon arrivée, le Grand-Duc Jean était assis en chaise roulante dans le salon-bibliothèque à droite du hall d’entrée, marqué par d’élégantes rampes d’escalier en fer forgé. Comme j’étais moi-même sur béquilles à deux jours d’une opération de la hanche, nous avions tout de suite eu un sujet de conversation. Car si Sa mobilité était réduite depuis quelque temps, Sa vivacité d’esprit et Sa mémoire phénoménale étaient intactes. Ce qui impressionnait d’emblée quand on rencontrait Celui qui est resté si près du cœur des Luxembourgeois, c’était Son joli sourire qui vous mettait tout de suite à l’aise et rappelait celui de Sa mère, l’inoubliable Grande-Duchesse Charlotte, dont il continuait à parler avec une grande tendresse, en mentionnant Ses talents de peintre, de poète et d’animatrice des loisirs de Ses petits-enfants, moins connus par le grand public que Sa passion du jardinage et de la culture des roses.

J’avais offert en l’occurrence au Grand-Duc Jean un livre sur les arbres de nos forêts. Il s’en est montré ravi, alors que la protection de la nature et la beauté de nos paysages étaient pour lui des sources inépuisables pour une passion qu’Il partageait avec Son auguste maman: dessiner et peindre. Ce fut ensuite une véritable plongée dans l’histoire de la dynastie à partir des photos allongées en rangs serrés sur les étagères de la bibliothèque. Selon les dires de mon hôte, j’étais parmi les rares visiteurs à y reconnaître d’emblée la plupart des personnages et à avoir suivi passionnément leurs souvent mouvementés, voire tragiques parcours.

Comme celui d’une sœur de la Grande-Duchesse Charlotte, Antonia de Bavière, épouse du Kronprinz Rupprecht, que le Prince Jean avait retrouvée à la fin de la guerre à Sa sortie d’un camp de concentration dans un piètre état. Soignée dans une clinique de notre capitale, elle ne devait pas survivre et rendit l’âme peu après à Lenzerheide. A côté, je reconnus sur une photo une autre sœur de l’ancienne Souveraine, la Princesse Hilda de Schwarzenberg, qui s’était installée, après le décès de son époux, au Grand-Duché où elle menait à Berg une vie discrète et paisible dans le voisinage de la Famille grand-ducale. Le Grand-Duc me parlait aussi de Ses deux sœurs, Marie-Gabrielle de Holstein-Ledreborg et Alix de Ligne, qui, malgré leur propre âge avancé, venaient Lui rendre régulièrement visite en ce lieu auquel les attachaient de tendres souvenirs.

Avec un interlocuteur comme le Grand-Duc Jean, dont la vie était, à côté de Son épouse si respectueuse de la raison d’Etat mais partie trop tôt, une longue succession d’exceptionnels moments et d’heureux événements au cours d’un règne qui entrera à tout jamais dans l’histoire, le temps passe sans qu’on s’en rende compte. Et en quittant cet homme exceptionnel, véritable monument national, je n’avais qu’un seul souhait, celui que dans trois ans le pays tout entier puisse célébrer dans l’allégresse et la reconnaissance son centenaire. Ce serait fabuleux!

P.S.: Ce vœu ne fut malheureusement pas exaucé, car voilà que deux mois après le décès de Sa sœur cadette, Alix de Ligne, et ma dernière visite à l’ancien Souverain dans le cadre idyllique du château de Fischbach, le Grand-Duc Jean tire Sa révérence et plonge le pays entier dans le deuil et la tristesse car, comme Son auguste Mère, Il est entré dans l’histoire de Son vivant.