A la rencontre de l’autre / Première création de «à part être» au Mierscher Kulturhaus

Josée Zeimes / Danse, musique, objets en mouvement se répondent dans le cadre du projet blanContact.

Depuis dix ans, le projet blanContact se consacre à la danse qui «vit et vibre à travers le langage corporel, à travers ses gestes et ses mouvements», en réunissant en complicité des danseurs professionnels et des danseurs mobiles et à mobilité réduite dans des ateliers de danse, des «Instants Rencontres» devant public et des spectacles chorégraphiques, dont «à part être» est le quatrième.

Le projet, selon Karin Kremer, directrice du Mierscher Kulturhaus, veut briser certains tabous, il dérange à première vue puis retisse des liens sociaux qui favorisent l’inclusion au détriment de l’exclusion.

«Il m’incombe de briser ces tabous, mais toujours de manière douce et avec un certain clin d’œil. C’est ce que j’avais en tête lorsque nous avons initié le projet blanContact en 2009. Que nous prenions l’art de la danse – même si une partie des danseurs a une mobilité réduite, voire se trouve en chaise roulante – comme un outil d’émancipation personnelle et collective et comme un moteur pour retrouver la force et la conviction de dépasser et de transcender le quotidien dans l’imaginaire, de (re)devenir conscients de nos potentiels, en nous permettant d’aller à la rencontre de l’autre, dans sa différence et sa richesse.»

La chorégraphie sensible et nuancée d’Annick Pütz et de Thierry Raymond réussit à créer un ensemble harmonieux entre les danseurs non professionnels et le danseur Giovanni Zazzera. Défilent de beaux tableaux de groupe, variés dans leurs diverses constellations qui se détachent de la scénographie dépouillée de Trixi Weis et sont hauts en couleur grâce aux jolis costumes conçus par Dagmar Weitze. Pour l’édition 2018, la chorégraphie intègre l’objet – sous le regard du manipulateur d’objets Frank Soehnle – qui «souligne un espace. Il suggère également des images, s’associant aux corps en mouvement». Dans une scène d’ouverture marquante, un personnage, suivi d’autres, découvre, intrigué, des objets-plumes blancs fixés à un fil, symbolisant la légèreté, qui descendent lentement dans un silence impressionnant. Des séquences de personnages qui déambulent – l’un avec un curieux chien en peluche – et se croisent ou restent sur place alternent avec celles à deux ou trois, qui mettent en valeur les mouvements précis et lents et la beauté sobre d’un geste qui fait rêver.

Les danseurs, accompagnés des musiciens Florence Borgers au piano et à la contrebasse et Nicolas Billaux au hautbois, stimulent leurs coéquipiers à mobilité réduite, les encouragent par leur savoir-faire à oser le geste ou le mouvement bloqué, à éveiller ce qui sommeille en eux et qui va les emporter au-delà de l’habituel et du quotidien. Un beau moment est en ce sens le duo, formé par une danseuse et l’homme qui a abandonné sa chaise roulante: les deux assis par terre, côte à côte, elle l’initiant au toucher de la main et à l’échange des regards, lui se joignant, confiant, à la découverte.

D’un geste libéré ou d’un mouvement débloqué naît parfois une parole confuse, reprise en chœur, ou bien une mélodie, des paroles de chansons surgissent et permettent à chacun de se découvrir autrement. Parfois le comique – la table mise cérémonieusement et desservie à la va-vite – côtoie le poétique et le touchant, l’imaginaire s’imbrique dans le réel.

A part être capte la curiosité et suscite l’émotion. Le spectacle montre aussi qu’un but apparemment hors d’atteinte est possible; en stimulant la confiance, on peut libérer des énergies cachées.