Qui a peur de l’herbe? / Le Jeudi lance le débat à Luxembourg

Le Jeudi lance le débat à Luxembourg, aux Rotondes.

Autour de la table, pour évoquer l’hypothèse d’une légalisation, un mélange intéressant de politiques et de médecins… Et même un vendeur de cannabis… aux taux acceptables légalement, Guy Munhowen, dont la boutique à deux pas de la gare de Luxembourg a servi d’aiguillon à l’entretien du dossier de la légalisation. Il se dit partisan de la légalisation de toutes les drogues… mais dans un cadre bien précis.

Ce cadre, et même l’avènement d’un Etat producteur et distributeur, cela semble être le nouveau souci du parti libéral. Le député DP Max Hahn est en tout cas persuadé que, sauf surprise, son parti inscrira la légalisation de l’herbe à son programme, le cannabis médical n’étant qu’une étape.

La position du CSV, représenté par Martine Mergen, députée et médecin, est en principe moins ouverte, ne fût-ce que parce qu’il lui est difficile d’imaginer un Grand-Duché faisant cavalier seul au milieu de pays moins tolérants, au risque d’attirer un tourisme du cannabis. L’herbe, pourtant, circule, déjà, beaucoup, comme bien d’autres substances. Le docteur Carlos Paulos, responsable de l’initiative Pipapo en est témoin, lui qui est présent sur les lieux de fêtes où il informe les consommateurs des risques. Lui aussi est favorable à des dispositions légales plus en phase avec l’époque, et à une fin de l’hypocrite prohibition.

 

Entre la réalité et la légalité, un gouffre de conservatisme

Thierry Nelissen / Entre la théorie et la pratique, il y a toujours un écart. Entre la loi et l’évolution de la société, on peut carrément trouver un gouffre. Un récent sondage de TNS-ILRES indique que 56% de la population du Luxembourg est favorable à une légalisation de la consommation de cannabis, que 18% sont pour la libéralisation totale du produit, et que 18% sont pour son interdiction sans condition.

Or, légalement, ce produit est toujours totalement interdit. Et si les policiers peuvent faire preuve de pragmatisme quand ils croisent un consommateur, ils n’ont pas de consignes de tolérance: «La police applique la loi. Nous ne l’interprétons pas. La vente, mais aussi la possession et la consommation sont passibles de peines», indiquent les forces de l’ordre. C’est clair et net… et des traces dans le casier judiciaire du consommateur peuvent tout simplement compromettre sa carrière.

Si la coalition bleu-rouge-vert au pouvoir a avancé sur le cannabis médical, le sujet de son pendant «récréatif» est resté tabou, malgré les pressions des jeunes. Depuis qu’un certain Luc Frieden (CSV) a tenu d’une main ferme le ministère de la Justice, malgré des ouvertures en commission à la chambre, le dossier est resté cadenassé. Lydia Mutsch (LSAP), ministre de la Santé, n’affiche pas des visées franchement abolitionnistes.

Le temps semble pourtant venu de rebattre les cartes.