A Marseille, un premier corps retrouvé sous les décombres des immeubles effondrés

Le corps d’un homme a été retrouvé mardi matin par les secours dans les décombres des immeubles vétustes effondrés la veille dans le centre-ville de Marseille, où 5 à 8 personnes au total pourraient être ensevelies, selon les autorités.

Éclairés par d’imposants spots lumineux, les marins-pompiers ont poursuivi toute la nuit les recherches dans les gravats, un amas d’une profondeur de 15 m. Régulièrement, des chiens inspectaient également la zone, à la recherche d’éventuelles victimes.

Et tôt le matin, sous la pluie, un premier corps a été découvert: celui d’un homme, a annoncé à la presse le procureur de Marseille, Xavier Tarabeux, aux côtés du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, présent depuis lundi soir. « L’urgence c’est de sauver des vies », a martelé Christophe Castaner, qui a rappelé que les opérations dureraient encore « plusieurs jours ».

Le ministre a expliqué que les secours intervenaient « de la façon la plus méticuleuse possible »: « On a découvert dans la première partie des opérations de déblaiement quelques poches de survie qui font qu’il y a encore peut-être de l’espoir d’identifier et de retrouver une personne qui peut être sauvée ».

Après l’effondrement des deux bâtiments vétustes lundi matin, suivi de l’écroulement partiel d’un troisième bâtiment mitoyen en fin de journée, les autorités tentent de retrouver 5 habitants du numéro 65 rue d’Aubagne manquant à l’appel, ainsi que 3 personnes qui auraient pu être invitées dans l’immeuble. Les deux autres immeubles étaient murés et –théoriquement en tout cas– inhabités. En revanche, deux passantes aperçues sur des images de vidéosurveillance devant les immeubles juste avant la catastrophe pourraient avoir réussi à s’échapper: la rue a été déblayée sans qu’aucun corps n’y soit retrouvé, ont annoncé MM. Tarabeux et Castaner, évoquant une « bonne nouvelle ». A l’aube, les marins-pompiers avaient achevé de dégager les gravats effondrés sur la rue d’Aubagne elle-même, y retrouvant notamment une voiture totalement aplatie, a constaté un journaliste de l’AFP.

A proximité, le jeune serveur d’un bar observait les recherches, en larmes. Lui connaissait bien une jeune Italienne vivant dans un des immeubles écroulé, et dont personne n’a de nouvelles depuis lundi: « C’était une jeune fille géniale, elle révisait chez nous », a-t-il confié à un journaliste de l’AFP. Sophie, une étudiante de 25 ans, avait, elle, quitté son appartement du 65 rue d’Aubagne dimanche soir, pour aller chez ses parents car « depuis plusieurs jours, les portes de plusieurs appartements ne fermaient plus, ou à peine (…). Et j’ai eu peur de me retrouver prisonnière chez moi », a-t-elle raconté à l’AFP, précisant avoir porté plainte dès lundi auprès de la police judiciaire, saisie de l’enquête.

L’un des deux bâtiments qui s’est effondré, au 63 de la rue, était « fermé et muré », selon la mairie, qui l’avait racheté après avoir pris un arrêté de péril en 2008. Au numéro 65, 9 appartements sur 10 étaient en revanche habités, au-dessus d’un commerce vacant au rez-de-chaussée. En copropriété, il avait fait l’objet le 18 octobre « d’une expertise des services compétents qui avait donné lieu à la réalisation de travaux de confortement permettant la réintégration des occupants », a assuré la mairie.

Le troisième immeuble, au numéro 67, était abandonné et muré depuis l’été 2012. « Ce dramatique accident pourrait être dû aux fortes pluies qui se sont abattues sur Marseille ces derniers jours », selon la mairie, qui a évacué et relogé 100 habitants des immeubles à proximité. Mais plusieurs représentants de l’opposition ont fait le lien avec l’ampleur du problème du logement indigne à Marseille, notamment dans le centre. « Ce sont les maisons des pauvres qui tombent et ce n’est pas un hasard », a tonné le chef de file des Insoumis et député du secteur Jean-Luc Mélenchon.

La mairie a engagé depuis 2011 un vaste plan de requalification du centre-ville, mais sans pouvoir véritablement remédier au problème. Selon un rapport remis au gouvernement en 2015, le logement indigne menace la santé ou la sécurité de 100.000 habitants de Marseille. Mardi matin, le ministre de l’Intérieur a évoqué quelque 6.000 copropriétés « indignes » à Marseille.