A l’ombre de Merkel

Danièle Fonck / La seule chose dont peut encore rêver le social-démocrate Martin Schulz, à trois jours des élections législatives en Allemagne, c’est de faire un bon vice-chancelier… à l’ombre d’Angela Merkel.

Pourtant, il y a quelques mois encore, alors que le congrès du SPD l’ovationnait, il était bien placé pour disputer la charge suprême à la chancelière.

Côté programme, il y avait de quoi se démarquer des démocrates-chrétiens chez les sociaux-démocrates allemands, surtout sur le plan social, ce qui, après tout, est le rôle des partis de gauche. Salaires plus justes et plus élevés, retraite assurée, égalité des chances à l’école s’ajoutant aux mesures déjà obtenues en tant que partenaire junior de la grande coalition avec la CDU-CSU de Merkel, à savoir le salaire minimum et la retraite à 63 ans…

D’autant que la chancelière avait été sérieusement secouée sur la question des réfugiés, un million d’entre eux accueillis en quelques semaines à la fin 2015, ce qui avait suscité une colère populaire certaine à sa droite. Après les incidents de Cologne surtout, lors de la Saint-Sylvestre, grogne capitalisée par les identitaires xénophobes de l’AfD, l’Alternative pour l’Allemagne.

Que s’est-il alors passé pour que la chute de Martin Schulz soit tout aussi vertigineuse que sa montée en flèche?

Il est vrai que, s’il brillait à la tête du Parlement européen, cet Européen convaincu n’en est pas moins un inconnu sur la scène politique allemande, tout le monde attendant que Sigmar Gabriel, le vice-chancelier actuel, se présente face à Merkel.

Il est vrai aussi que le SPD traîne depuis plus de deux lustres le boulet de la cure d’austérité Hartz IV imposée par Gerhard Schröder, flexibilisant le marché du travail et entraînant une fragilisation de pans entiers de salariés et conduisant bien des électeurs de gauche à se tourner à la fois vers Die Linke, à la gauche du SPD, et vers l’AfD.

Il est vrai également qu’au sein de la coalition avec la CDU-CSU, les sociaux-démocrates n’ont pas su récolter les fruits de leur travail, Angela Merkel étant une chancelière trop encombrante.

Et il est vrai, enfin, que, pour déboulonner la CDU en Allemagne, il faut une ambition politique très marquée, comme celle d’un Willy Brandt en 1969, proposant la décrispation avec l’Est, ou celle d’un Gerhard Schröder, trois décennies plus tard, profitant de l’usure de l’ère Kohl.

Or, aujourd’hui, dans une Europe et un monde mouvementés, on aspire à de la stabilité en Allemagne, ce qu’incarne, malgré tout, Angela Merkel.

Mais, comme pour ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier, tout indique
que les électeurs ne donneront pas la majorité absolue à
Merkel IV. Ce qui ne signifie pas automatiquement un fauteuil de vice-chancelier pour Martin Schulz.

Tout dépend des scores des Verts et des libéraux du FDP. Et de la base du SPD qui aspire en grande partie à retrouver des réflexes sociaux-démocrates plus classiques et pense qu’une cure d’opposition ne peut être que bénéfique.