A l’écoute / Préoccupations européennes

Olivier Tasch / A chaque scrutin sa surprise. Ces derniers temps, hélas, souvent mauvaise… Les élections de Trump, Bolsonaro, Salvini ou le chaos du Brexit sont autant de coups encaissés par ceux qui défendent un monde fondé sur des valeurs démocratiques, ouvertes et progressistes.

Les oiseaux de mauvais augure prédisent ainsi déjà un scénario cauchemardesque pour les prochaines élections européennes de la mi-mai. Avec, en toile de fond, la question migratoire. Laquelle pourtant n’occupe plus le devant de la scène. Le chiffre des arrivées illégales en Europe a atteint un pic en 2015 et ne cesse de baisser depuis. Le drame humain reste toutefois entier. D’après l’OIM, l’organisme des Nations unies chargé des migrations, près de 13.000 migrants et réfugiés ont tenté la traversée de la Méditerranée pour entrer en Europe depuis le début de l’année. Plus de 350 personnes sont décédées. Que la question migratoire ne fasse plus la une des médias n’arrange guère les têtes d’affiche de l’extrême droite européenne comme le Premier ministre hongrois Viktor Orban ou le ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini. Auxquels il faut ajouter Steve Bannon, l’ancien conseiller de Trump, qui s’est mis en tête de fédérer les extrêmes droites européennes. L’idée est de faire naître ou de réveiller des craintes sécuritaires et identitaires en Europe afin de susciter une coalition souverainiste mortifère pour l’Union.

Pourtant, ce scénario catastrophe demeure bel et bien une pure fiction vouée à une mauvaise production de type série B. Car la question migratoire n’est pas au centre des préoccupations de l’électeur européen. Elle reste certes sensible mais n’est pas prioritaire. Tout en haut de la liste de ses priorités, on retrouve, selon les pays, la corruption, le logement, la santé, les pensions et le chômage. C’est ce qui ressort d’une grande enquête menée auprès de plus de 45.000 personnes dans quatorze pays de l’UE. Etude intéressante à plus d’un titre puisqu’elle indique par exemple que les Italiens et les Espagnols sont plus inquiets de l’émigration que de l’immigration alors qu’en Allemagne, en Autriche et en Grèce, on craint bien plus la montée du nationalisme que la migration. Toutefois, le pessimisme ambiant ne permet pas de se reposer tranquillement sur ce type d’études aussi rafraîchissantes soient-elles. Au contraire, les pro-européens ne doivent pas apparaître comme des partisans d’un statu quo et proposer, enfin, cette fameuse Europe proche et au service du citoyen.