Dialogue social: A deux, c’est mieux…

Marc Fassone /La Fedil veut une réforme de l’organisation du temps de travail

La Fédération des industriels s’inquiète d’un dialogue social au point mort et en appelle au gouvernement.

Pas de bonne rentrée sans un tour d’horizon des questions d’actualité, celles qui seront à l’agenda de la saison qui s’ouvre.

Pour la Fedil, la priorité des priorités, c’est de renouer le dialogue social. Un dialogue social jugé «au point mort» et dont le report sine die de la tripartite, prévue ce 12 octobre, semble signer l’acte de décès.

Et les syndicats sont dans le viseur d’une Fedil qui reprend à son compte les arguments développés il y a peu par l’UEL (Union des entreprises luxembourgeoises) pour qui tout dialogue est impossible avec des syndicats qui, au niveau national, privilégient l’idéologie au détriment de la réalité du terrain.

Des syndicats qui «bloquent toute avancée» sur un dossier qui tient à cœur aux industriels: celui de la flexibilisation dans l’organisation du temps de travail. Flexibilisation qui passerait par un recalibrage de la période de référence légale, l’élément central pour le calcul du temps de travail. En effet, un entrepreneur peut déroger à la durée légale de travail hebdomadaire, si besoin se fait sentir, en répartissant celle-ci à sa guise au sein d’une unité temporelle, ladite période de référence. Plus elle est longue, mieux l’entreprise peut adapter son activité à son carnet de commandes. Mais plus elle est longue, moins le salarié a de visibilité sur son emploi du temps.

Au Luxembourg, cette durée est d’un mois. Elle est de trois mois en France et en Belgique et atteint six mois en Allemagne; des pays qui sont des concurrents directs. Et la directive européenne recommande une période de référence de quatre mois, rappelle Robert Dennewald, le président de la Fedil.

Au nom de la compétitivité des entreprises, la Fedil souhaite une extension de cette période à quatre mois, la norme européenne donc. Ce que refusent les syndicats au sein du Comité permanent du travail et de l’emploi. «Force est de constater que les syndicats bloquent toute avancée en la matière et refusent même d’appliquer les standards européens», assène Robert Dennewald.

Face au blocage, la Fedil demande au gouvernement d’intervenir, en légiférant si nécessaire. Et l’association met en avant l’accord bipartite conclu par le gouvernement et l’UEL en janvier dernier. Un accord au terme duquel le patronat s’engageait à faire plus en matière de recrutement, tandis que le gouvernement s’engageait à ne pas toucher aux cotisations sociales. Et à discuter avec les partenaires sociaux d’organisation du travail.

Les 5 piliers de la sagesse

Sur les deux premiers points, pour la Fedil, l’accord a, globalement, porté ses fruits. D’après les chiffres de Nicolas Soisson, le directeur général, le nombre de demandeurs d’emploi a baissé de 12% entre janvier et août, tandis que celui des offres d’emploi progressait de 20% sur la même période.

Plus globalement, «cela montre qu’on peut atteindre beaucoup de choses au Luxembourg si on est de bonne composition et de bonne volonté et si on se donne des objectifs quantifiés et des moyens». Quod erat demonstrandum…

La modernisation du temps de travail est la préoccupation première des membres de la Fedil, si on en croit un sondage fait par l’association auprès de ses membres. Viennent ensuite la question de l’indexation automatique des salaires, la simplification administrative, la lutte contre l’absentéisme «abusif» et la réforme de la fonction publique qui irait dans le sens d’un statut unique pour le secteur privé comme pour le secteur public.

Autant de sujets sur lesquels l’organisation va pousser le gouvernement. Au nom, toujours, de la compétitivité des entreprises, alors que «le ralentissement conjoncturel de l’économie se fait désormais sentir». Et de rappeler que le Statec vient de revoir à la baisse ses prévisions de croissance qui ne sont désormais plus que de +3,7% en 2015 et + 3,4% en 2016. Ce n’est pas encore dramatique pour Nicolas Soisson, mais déjà significatif…

Le secteur de l’industrie ne s’en sort pas si mal, avec une croissance de 1,4% depuis le début de l’année. Loin encore cependant des performances de 2010. D’où un appel à la prudence… et à la compétitivité.

S’attardant sur le budget, la Fedil, malgré le déficit, se félicite que «recettes et dépenses aillent dans le même sens». Mais critique néanmoins le fait que les dépenses progressent plus vite que le PIB (4,3% contre 3,4%).