A contretemps / La coalition repart pour cinq ans

Jacques Hillion / La coalition DP, LSAP et Déi Gréng est repartie pour cinq ans. Le programme de gouvernement a été signé et approuvé par les instances de chaque parti. Le moins que l’on puisse dire est que cette deuxième mouture de la coalition place la barre haut.

Tellement haut que son programme est à contretemps de celui de 2013 qui, s’il affichait la modernisation du pays et de l’Etat comme leitmotiv, était surtout dominé par la rigueur budgétaire.

A ce niveau, il est aussi à mille lieues de ce qui se passe chez nos voisins et des lignes budgétaires imposées par Bruxelles. La règle qui domine pour les cinq ans à venir est de rester dans les clous de la dette publique (23%), qui ne doit pas dépasser le seuil des 30%. Ce programme peut s’appuyer sur une économie qui tourne. Même si le taux de croissance vient d’être revu à la baisse, il s’affiche quand même à 3% pour cette année et la suivante. Une croissance qui devrait s’accompagner d’une création d’emplois en hausse de 3,4% et de salaires gonflés de 2,5%. La conjoncture économique ne doit pas cacher la volonté politique de mettre l’accent sur le social (hausse du salaire minimum, maintien de l’indexation et du niveau des pensions, transport gratuit…), le développement durable et la modernisation du pays pour qu’il soit à la pointe du progrès numérique.

Dans cette trilogie, chaque parti a ses responsabilités pour alimenter la croissance tout en assurant le changement de paradigme que représentent le développement durable et la poursuite de la digitalisation.

L’écueil éventuel sera de gérer cette croissance. D’une part, parce qu’il faut se donner les moyens de financer le développement social promis tout en résolvant les problèmes liés à la croissance que sont le logement et la mobilité. Sur ces dossiers, la coalition a une obligation de résultat. Elle devra également gérer toutes les distorsions qui existent entre croissance et développement durable, autrement dit entre croissance quantitative et croissance qualitative même si ces deux mots peuvent paraître antinomiques.

Là aussi, le défi est imposant puisque, notamment, en à peine une génération et en partant pratiquement de rien, les énergies renouvelables devront satisfaire la consommation nationale.

Autant dire que si une nouvelle crise économique, ou pour le moins un sérieux ralentissement, intervient, le rétropédalage se montrera exténuant.

Sinon, le CSV peut ronger son frein dans l’opposition.