2019, entre croissance et incertitude / Vu des marches

Pour les économistes, revient le moment, parfois inconfortable, de confronter les prévisions de l’année aux résultats et de trouver une phrase accrocheuse pour l’année à venir.

L’an passé, le message était: «avoir confiance dans les perspectives tout en restant vigilant». Il y avait la prudence des banques centrales, des taux d’intérêt bas, des niveaux de confiance élevés, peu de tensions sur les marchés. Mais aussi le sentiment que les marchés tablaient sur un monde où l’inflation ne pouvait plus surprendre ou la crainte que les marchés émergents souffrent des décisions américaines.

2018 s’est avérée nettement plus complexe que prévue. L’incertitude croissante a été un facteur clé: les différends commerciaux entre les Américains et leurs partenaires se sont mués en menace de véritable guerre commerciale; le Brexit a fait les gros titres; les investisseurs se sont inquiétés d’un possible conflit entre Rome et «Bruxelles» sur le budget italien et d’une hausse des rendements obligataires.

Ces dernières semaines, des avancées ont été réalisées: la réunion du G20 a vu une trêve entre les Etats-Unis et la Chine, le Royaume-Uni et l’Union européenne à 27 sont parvenus à un accord et le ton italien s’est adouci.

Mais tout n’est pas résolu, en particulier pour l’Europe et la zone euro. Les prévisions font face à un niveau élevé d’incertitude. Le niveau de conviction des investisseurs lors de certaines prises de position sera plus faible et leur horizon d’investissement plus court, ce qui entraînera des changements d’allocation plus fréquents.

Historiquement, on observe une corrélation négative entre la volatilité des actions et la croissance économique, une hausse de la volatilité dans un passé récent contribuant à un affaiblissement de la croissance lors des trimestres suivants.

S’ajoutent d’autres sources d’incertitude, découlant de l’évolution normale du cycle économique. Aux Etats-Unis, il a atteint un âge très respectable, la récession précédente ayant pris fin à l’été 2009. Le précédent record de longévité, qui remonte aux années 90 sous Bill Clinton, sera battu. Le marché du travail est sous pression: le chômage est tombé si bas que les entreprises peinent à pourvoir les postes vacants. La hausse des salaires pourrait augmenter les craintes inflationnistes et pousser la Réserve fédérale à remonter ses taux de manière plus agressive.

Autre risque: que les resserrements monétaires aient des conséquences plus tôt que prévu, menaçant la croissance. Pas si contradictoire, la coexistence de craintes d’une accélération de l’inflation et d’une décélération de la croissance reflète la nervosité des investisseurs à un stade avancé du cycle.

Enfin, la normalisation de la politique monétaire pourrait entraîner une réévaluation du risque plus importante que prévue, reflétant une chute de l’appétit pour le risque.

2019, entre hausse de l’incertitude et ralentissement de la croissance. Mais il ne faudrait pas passer à côté de la qualité des facteurs de croissance (hausse de l’emploi et du revenu disponible, hausse des bénéfices des entreprises, faiblesse des taux d’intérêt réels, accès facile au financement). On devrait tout de même se rapprocher de la croissance potentielle (en zone euro), voire la dépasser (aux Etats-Unis).

William De Vijlder – BNP Paribas